30 octobre 2007
mille-feuille d'octobre
« Ce film bénéficie de la classitude du noir et blanc » (un critique cinématographique sur RTL)
« Notre priorité numéro un est le désendettement » (le directeur financier de CGGG Veritas).
Dans la présentation d’un nouveau roman intitulé L’Autre rive :
« A Ecorcheville, […] une machine à s'auto-suicider permet d'en finir avec les états d'âme,…»
« A propos de Jean-Michel Aulas, je voudrais dire à son sujet-là, … » (un journaliste sportif d’Europe 1)
« Ici, au Stade Vélodrome, l’ambiance est en train de monter crescendo. » (un journaliste sportif sur France Bleu Provence)
« Il obtient un penalty et l’occasion peut-être de marquer un but. » (un journaliste sportif sur RTL)
« Ce coup de filet a décapité la direction de l’organisme clandestin. » (France-Info)
rester mérovingien
(A propos d’une seconde tentative de lecture d’un produit de la rentrée littéraire 2007)
Eric Neuhoff est intelligent, vif, voire pétillant. Après l’avoir ainsi vu dans une émission de télévision, j’ai acheté d’occasion son dernier livre, Pension alimentaire, (j’étais déjà incité après avoir vu le titre d’une critique de ce livre dans Lire: La vengeance du cocu). Alors je crois pouvoir dire que le livre ressemble à son auteur, c’est intelligent, vif, voire pétillant, mais l’histoire autour d’un divorce n’a pas grand intérêt. Beaucoup de descriptions bien vues des gens aisés, beaucoup de marques citées, et quelques belles formules, comme celle-ci :
« A partir d’un certain âge, quand on va à un enterrement, c’est comme si on visitait un appartement témoin. ». La ressemblance doit également être alimentée par la probable réalité de ce qui est raconté : çà sent le vécu.
Et puis au milieu de tout çà, un peu perdu page 127, ce paragraphe qui donne chaud au cœur :
« Nous ne faisons pas çà. Les autres font çà, mais pas nous. Nous ne sommes pas comme çà. Nous ne sommes pas des Pierre Maurin. Nous leur laissons les coups en traître, la bassesse d’âme, l’absence de noblesse. Nous détestons les contrefaçons. Nous ne payons pas des femmes pour coucher avec. Nous préférons l’incertitude, les soirs propices. Nous ne trahissons pas les autres. Nous sommes du côté des vivants, pas de celui des viveurs. Nous ne prenons pas l’amitié à la légère. Nos brouilles ne sont pas passagères. Nous essayons de nous tenir droit. Nous restons mérovingiens. »
J’aime beaucoup cette dernière expression qui mériterait d’être creusée. Elle me fait aussi penser à Richard Morgièvre évoquant son côté viking.
28 octobre 2007
crash imminent
…je marche avec C. à mes côtés dans une grande et large piste bétonnée, sorte de conduit à ciel ouvert. Nous sommes survolés par un avion, un long courrier, et quand il nous dépasse, je crois voir qu’il lui manque une aile. Je me retourne et le distingue, déjà très loin, avec une épaisse fumée à la place de l’aile manquante. Je le montre à C. et annonce un crash imminent.
Mais je distingue aussi en haut de la route que nous empruntons, une épaisse fumée –je pense encore à un crash d’un autre avion- qui me semble avancer vers nous au sol. Je crains que nous ne soyons bientôt asphyxiés par cette fumée et cherche une issue de secours. Et il y a bien des échappatoires dans les parois bétonnées qui bordent la voie, qui abritent des sortes de hangars souterrains...
25 octobre 2007
chair qui déborde
Dans une bibliothèque municipale, je tombe sur une affiche pour une représentation de la pièce de théâtre Tailleur pour dames de Georges Feydeau, avec cette photo en arrière-plan du texte :
Je n’imaginais pas le métier de tailleur pour dames de cette manière… Cette chair comprimée qui déborde… Quel bonheur !
22 octobre 2007
Soleil et désolé
J’ai déterré une ancienne acquisition et mon choix fut heureux : Impasse de la perversion est un roman agréable de Louise Welsh qui a situé son histoire là où elle habite, à Glasgow. C’est un mélange de peinture d’un milieu social et de polar, avec en personnage principal un homosexuel qui tombe sur des photos effrayantes, et tente de mener l’enquête.
Je préfère la couverture qui suit à celle de l’édition française.
Enfin, savoir que Soleil et désolé aurait été une "maison" parisienne (du temps où elles étaient tolérées) spécialisée dans les châtiments corporels...
21 octobre 2007
autant de pouvoir dans son regard
Vu une belle jeune femme dans l'aéroport. Grande, elle était vêtue d’un pull à large col roulé tombant à mi-cuisse, d’un pantalon noir très moulant et de bottes noires à talon aiguille.
Brune idéale, à la chevelure tout en relief mouvant, par son visage elle m’a fait penser à la slovaque Daniela Hantuchova :
J’ai surtout été frappé qu’on lise autant de pouvoir dans son regard.
Elle s’est assise dans la salle d’embarquement un peu devant moi, et j’ai pu la regarder arranger sa botte, puis remonter la fermeture éclair. Une jambe croisée sur l’autre, sa position mettait en évidence la pointe de son talon effilé.
Je l’ai perdue de vue quand j’ai dû monter dans l’avion, où je l’ai ensuite retrouvée, alors qu’elle était bloquée devant moi dans l’allée centrale.
Je l’ai croisée une dernière fois dans l’aéroport de destination, près de la zone de réception des bagages. Ses talons trop étaient trop vifs pour mon téléphone :
Je note par ailleurs que les bottes envahissent le bitume. Et je ne m’en plains pas.
poupée de chair
Bon, c’est l’histoire de Clotilde une femme mariée à un homme plus âgé, qu’elle trompe bien sûr. Surprise en pleine sodomie par son beau-fils, elle subira un chantage l’amenant à lui dévoiler ses charmes, à subir des attouchements, etc.
Passé le choc de la couverture, convenons que c’est bien écrit, mais sans surprise.
titre larmoyant
Les frères Poivre d’Arvor nous gratifient d’un nouvel exemple de livre doté de titre larmoyant : J’ai tant rêvé de toi. L’usage de cet adverbe a le chic de profondément m’agacer, je le perçois comme une recette commerciale facile pour améliorer les ventes.
Il y a un autre procédé dont la facilité m’exaspère aussi, s’agissant d’un titre de livre, c’est le recours à ce genre de non-sens :
« Mon frère est fils unique »
un truc soi-disant super
« La vie, un truc soi-disant super auquel je n’ai rien compris. » (Moi)
17 octobre 2007
ce regard de perdition
Les livres d’Alain Monnier se lisent sans difficulté grâce à un style souvent différent mais toujours maîtrisé, et à un scénario bien ficelé. Je garde un excellent souvenir de Côté jardin, effrayante histoire d’un alité qui se voit signifier son nouvel état…
Les ombres d’Hannah dresse un portrait intéressant d’une femme complètement à la merci d’un homme, mais qui arrive à le retourner en narrant son passé.
« Je l’entendis m’expliquer que je devais découvrir sa vie, être patient même si cela me coûtait, bien la comprendre, pour un jour la posséder si encore je la désirais. »
Habile.
Un extrait pour mesurer la qualité d’écriture :
« Je la croyais endormie comme chaque matin. Moi-même, quelque peu en retard et pressé, j’entrai dans le salon de toilette sans prendre garde, et je la vis nue, entièrement nue, debout dans le plat d’eau tiède posée sur le carrelage. Cela dura quelques secondes, le temps de me ressaisir et de disparaître. Le temps de contempler ce corps offert et son geste maladroit pour s’emparer d’une serviette posée trop loin d’elle. Quelques secondes qui suffirent à graver en moi ses formes épanouies à tel point qu’aujourd’hui encore et malgré tout ce qui s’est passé, c’est ce corps brutalement exposé dans le désespoir de sa nudité, ce regard de perdition, son tâtonnement vain, c’est ce corps-là, dans ce moment-là, qui envahit ma mémoire quand j’essaie de l’imaginer. »
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